GEOGRAPHIE

Crégy (Crégiacum) est un village du canton de Meaux, à 3 kilomètres nord de cette ville. Les étymologistes font dériver son nom de Crex, rocher. En 1795, sa population était de 274 habitants. Ce chiffre s'est à peu près maintenu jusqu'en 1836. Mais à partir de cette date, le nombre des habitants s'est accru d'une manière très sensible comme l'indique les recensements faits aux époques suivantes : en 1841, 272 habitants; en 1846, 293; en 1851,292; en 1872,315; en 1876,321; en 1881,341. Enfin, le recensement de 1886 constate 386 habitants.

Cet accroissement de la population est facile à expliquer, Crégy se trouvant à proximité de la ville de Meaux, certaines familles ouvrières viennent s'y réfugier dans le but d'y trouver un logement à la fois sain et peu coûteux.

L'altitude de Crégy est de 100 mètres environ. Perché sur le sommet d'une colline escarpée, ce village est dans une situation des plus agréable. De Crégy, la vue est admirable. A ses pieds, le spectateur a le Canal de l'Ourcq; un peu plus loin se trouve la ligne de chemin de fer de Paris à Strasbourg parcourant la belle vallée de la Marne. Celle-ci forme comme un vaste bassin au milieu duquel s'étend la ville de Meaux et sa cathédrale dont la tour, haute de 46 m environ, s'élève en l'air comme une statue gigantesque. La vue s'étend jusque sur les collines environnantes couvertes de vergers et de bosquets verdoyants, au milieu desquels apparaissent des villages aux blanches maisons. Montceaux, avec sa terrasse royale, sur laquelle plane le souvenir de la belle Gabrielle, laisse apercevoir les ruines de son château. Un peu plus au sud, Brinche et Fublaines montrent leurs maisons étagées qu'entourent des bouquets d'arbres fruitiers. Viennent enfin Chermont, Nanteuil qui offrent aux poètes et aux peintres de frais ombrages, des ravins, des ruisseaux tombant en cascades, avec tout l'attirail de la vie villageoise dans ce qu'elle a de plus agréable.

Crégy a 5 hameaux : La Roche (10 habitants); la Cantine et la Plâtrière (23 habitants); la Tuilerie (8 habitants); Chaillouet (5 habitants); le Blamont (47 habitants).

Son territoire, d'une contenance de 367 hectares, est borné au nord par la commune de Chambry; à l'est et au sud par la commune de Meaux; à l'ouest par les communes de Chauconin, Neufmontiers et Penchard. Il est traversé par le Canal de l'Ourcq sur une longueur de 3200 m. Ce canal fut commencé en 1676 par les ingénieurs de Riquet et de Manse. Les travaux de tranchée furent exécutés jusqu'à Meaux. Mais la mort de Riquet et aussi celle de Colbert vinrent mettre un obstacle à la continuation du canal. Ce ne fut qu'en 1802 que les travaux de construction recommencèrent. Le canal suivit à peu près la même direction que l'ancien et, de plus, il fut poursuivi jusqu'à Paris.

La partie sud de la commune se trouve, sur plusieurs points, limitée par un petit ruisseau connu sur le nom de Brasset qui va se jeter dans la Marne. Le Brasset, assure-t-on, coule dans l'ancien lit de la Marne. Celle-ci aurait été détournée à une époque très ancienne, pour fortifier le château primitif de Meaux. Le territoire de Crégy est traversé par la route départementale n° 5 de Meaux à Dammartin et par le chemin de grande communication n° 38 d'Acy à Meaux. De plus, la commune entretient 4 chemins vicinaux ordinaires.

Crégy est relié à la ville de Meaux par le chemin vicinal n° 1. Ce chemin, dans sa partie la plus rapide, longe le canal de l'Ourcq sur une longueur de 150 m. Aussi cette partie est très dangereuse. Des accidents se sont déjà produits. Plusieurs charrettes ont été renversées dans le canal. Un homme même a été noyé. Le registre des délibérations du Conseil municipal constate qu'en 1839, " un samedi, jour de marché à Meaux, un domestique de Mr Boulanger, maire de Marcilly, conduisant une voiture chargée de mannequins remplis de beurre et de fromages, à l'approche du pont, où il y a un mauvais pas, le cheval s'est emporté, est allé avec la voiture se jeter dans le canal, d'où le tout n'a été retiré qu'à force de bras et de peines, le cheval blessé, les marchandises, bien entendu, avariées; mais ce qui est le plus fâcheux, c'est que le pauvre conducteur est tombé sous une roue de la voiture et a eu la jambe cassée..."Le Conseil adressa plusieurs demandes pour faire établir "une rampe", mais tout fut inutile. Aujourd'hui, une haie, plantée par les soins de la commune rend ce passage plus sûr.

Dans le flanc du coteau sur lequel s'élève Crégy, existait autrefois un rocher remarquable par ses grottes et ses pétrifications; il a été en grande partie détruit pour faciliter le passage du canal de l'Ourcq. Guettard cite comme une curiosité naturelle très intéressante cette roche de 60 pieds d'élévation, sur 150 pieds d'étendue, curieuse non seulement par ses grottes, mais aussi par sa formation même, due à une source dont l'eau, chargée de matière calcaire en dissolution, jouissait des même propriétés pétrifiantes que la fameuse fontaine de Sainte-Allyre à Chermont.

Au XVIIè siècle, le rocher avait déjà subi de graves atteintes et les eaux de la source étaient en partie détournées. En 1635, les Carmes, dont nous parlerons plus loin, dans une transaction avec les chanoines de la cathédrale, avaient reconnu le droit de ceux-ci sur la roche, ainsi que la permission qui leur était bénévolement accordée : 1° de tirer des pierres en cet endroit, en faveur du cardinal de Richelieu; 2° d'enclore chez eux la source voisine, à charge de fournir au village une fontaine, un lavoir et un abreuvoir.

La source, ou plutôt les sources, car il y en avait plusieurs, étaient abondantes et largement divisées; le couvent de Saint-Faron de Meaux en possédait une, et le 12 décembre 1643, Mr de Bullion, abbé commandataire, en cédait les 2/5 à Mr Séguier, évêque, qui s'engageait à faire conduire la totalité des eaux à Meaux, au moyen de tuyaux.

Le rocher devait être encore exploité plus tard, sa pierre dure étant recherchée. En 1715, les bâtiments du chapître furent réparés avec des matériaux de cette provenance; c'est également avec la pierre du rocher de Crégy que de nos jours, on a construit les ponts du canal de l'Ourcq.

Malgré toutes les vicissitudes subies par le rocher de Crégy, il est encore possible de pénétrer dans une grotte, dont l'accès difficile s'ouvre presque à la base de la tourelle restée debout à l'un des angles de l'ancien enclos des Carmes; les amateurs trouvent encore là de belles pétrifications produites par les eaux qui vont maintenant se perdre dans le canal.

Le sol de Crégy repose sur une couche de gypse. Aussi, l'eau des puits, chargée de sels calcaires, n'est pas propre à faire cuire les légumes.

La localité est assez fertile. Le terroir, comme nous l'avons déjà dit plus haut, est d'une étendue de 367 hectares. Sur cette superficie, 18 hectares sont plantés en bois ; le reste se compose en presque totalité de terres labourables.

Les principales productions sont en année moyenne : 130 hectares de froment, 6 hectares de seigle, 3 hectares d'orge, 68 hectares d'avoine dont le rendement moyen est, par hectare, 22 hectolitres pour le blé, 20 hectolitres pour le seigle, 18 hectolitres pour l'orge, 25 hectolitres pour l'avoine ; plus 60 hectares de betteraves, 10 hectares de pommes de terre, 50 hectares de prairie artificielles.

Le nombre des parcelles n'a pas augmenté depuis 20 ans ; au contraire les grandes propriétés tendent à se reconstituer.

Le mode d'exploitation du sol a peu varié. Bien que le vin récolté soit de médiocre qualité, on compte encore aujourd'hui 8 hectares de vignes. En revanche, les prairies naturelles ont complètement disparu pour faire place aux terres labourables. Il en est de même de la culture du chanvre. Il y a un siècle, cette culture était très prospère. Le 25 frimaire an III, Crégy fut requis de fournir 400 livres de chanvre dans le délai de 12 jours. Cette quantité fut répartie entre 55 habitants de la commune.

En 1835, l'exploitation du terroir se partageait entre 5 laboureurs. Aujourd'hui Crégy compte 15 exploitations : 2 de 200 hectares, 2 de 20 à 30, 5 de 10 à 20, 3 de 5 à 10, 3 de 1 à 5 ; de plus, 39 propriétaires font valoir leur bien dont la contenance ne s'élève pas à 1 hectare pour chacun.

Le recensement fait par une commission militaire, le 27 germinal an II, constatait à Crégy 12 chevaux. Aujourd'hui, les statistiques agricoles en indiquent 53. De plus, sur ces statistiques figurent 8 ânes, 12 boeufs, 45 vaches, 200 moutons.

On n'élève pas de veaux à Crégy. Les femmes des cultivateurs vont chaque matin vendre le lait à Meaux. On estime à 20.000 francs le produit annuel de cette vente.

L'agriculture traverse actuellement une crise terrible. Le cultivateur paie un impôt assez élevé; de plus, les salaires agricoles ont sensiblement augmenté depuis 1789. C'est une conséquence inévitable du progrès général et de la moins-value de l'argent.

Les charretiers (suivant le rang) recevaient, en 1789, 100 à 180 livres par an; ils reçoivent aujourd'hui de 4 à 500 francs, nourriture en sus dans l'un et l'autre cas.

Les servantes recevaient 60 livres; elles reçoivent actuellement 300 à 400 francs, aussi nourriture en sus.

Le salaire des bergers était de 400 à 500 livres; il est actuellement de 900 à 1000 francs sans nourriture.

Moissonneurs : en 1789, outre la nourriture, 12 livres par arpent de blé ou d'avoine; aujourd'hui aussi outre la nourriture, 43 francs par hectare de blé et d'avoine.

Journaliers nourris : en 1789, 12 sous par jour; aujourd'hui 1 franc à 1,50 franc; non nourris, 2,50 à 3 francs par jour.

Journalières nourries : en 1789, 8 sous par jour; aujourd'hui, 1 à 1,25 franc; non nourries, 1,50 à 2 francs.

Le seul établissement industriel existant à Crégy est une plâtrière située sur la rive droite du canal de l'Ourcq. Au XIVè siècle, on extrayait déjà de la pierre à plâtre sur le territoire de Crégy. Un ancien inventaire de titres conservé aux archives départementales atteste en effet, qu'à cette époque, des difficultés éclatèrent à propos des plâtrières de Crégy que le chapitre de Meaux donnait à loyer depuis longtemps déjà.

En 1881, on comptait deux fabriques de plâtre. outre celle dont il est question, il en existait une autre située entre les hameaux de la Tuilerie et de Chaillouet. Cette plâtrière appartenait à Mr Lapeyrière. 25 ouvriers, en moyenne, y étaient occupés. L'extraction de la pierre à plâtre étant devenue difficile et coûteuse, l'établissement fut fermé en 1886.

La plâtrière qui subsiste encore aujourd'hui appartenait en 1882 aux sieurs Desjardins et Denizot à Meaux; mais ces derniers ayant fait de mauvaises affaires, l'établissement passa entre les mains d'une société anonyme : l'Union des Entrepreneurs dont le siège social est à Paris, 84 Boulevard Magenta.

La pierre à plâtre, extraite d'une carrière située sur le territoire de la commune de Penchard, est amenée à l'usine à l'aide de wagons traînés par des chevaux. Ces wagons roulent sur une voie ferrée établie sur l'un des accotements bordant le chemin de grande communication n° 38 de Meaux à Acy.

Depuis quelques années, la plâtrière de Crégy a perdu de son importance. En 1882, le personnel de l'usine était assez nombreux : 60 ouvriers, en moyenne, étaient occupés toute l'année. Aujourd'hui, on ne compte plus guère qu'une dizaine d'ouvriers.

Cette décadence est due à la concurrence faite par un certain nombre de plâtrières établies tout récemment dans les environs de Paris.

HISTOIRE

Crégy a dépendu d'abord de la paroisse de Chambry, puis eut son église distincte. Nous dirons en passant que l'église de Crégy, sous le vocable de Saint-Laurent, construite au XIIIè siècle et réparée à la fin du XVIè, a été érigée au titre par le pape Alexandre VII au mois de Septembre 1655. Comme elle menaçait ruine, elle fut interdite, puis rétablie en 1836.

De plus, nous ajouterons que cette église offre peu d'intérêt. C'est un petit édifice voûté d'un seul jet, avec une corniche au pourtour, en forme de chapelle ; le sanctuaire en hémicycle a deux petits retraits de chaque côté, qui abritent à gauche la statue de la Vierge, à droite celle de Saint Laurent. Le clocher est celui de l'ancienne église ; il se trouve à droite de la porte d'entrée et forme tambour à l'intérieur. Le choeur est garni de boiseries, mais non le sanctuaire ; les stalles des chantres et le lutrin datent de 1655.

On a replacé dans la nouvelle église deux inscriptions à peu près illisibles, qui marquaient la sépulture de deux membres de la famille Duflocq, laboureurs fermiers du XVIIè siècle.

Crégy fut, jusqu'à la Révolution une des localités qui faisaient partie de l'exemption du chapitre de la cathédrale. Les chanoines étaient seigneurs-décimateurs et avaient le droit de haute justice, sauf appel au bailliage de Meaux. La mention la plus ancienne trouvée à Crégy dans les titres, ne remonte pas au-delà de la fin du XIIè siècle ; c'est lorsqu'Henri, comte de Champagne, fait don aux chanoines de la cathédrale de Meaux du droit de vendanges qu'il avait dans l'ensemble des vignes de ce territoire, et d'une rente de 5 sols pour les frais de levée des raisins.

Au mois d'octobre 1228, les chanoines s'en qualifiaient déjà seigneurs et devaient conserver ce droit jusqu'à la Révolution.

La guerre de Cent ans mit les fermes et les terre de la Brie en piteux état ; en 1485, les chanoines durent reconstruire à neuf leur ferme de Crégy et rendre praticable le chemin qui y conduisait, en établissant un pont.

Une partie des titres anciens ayant été saccagés, les redevances n'étaient plus payées, les terres abandonnées étaient revendiquées par de nouveaux venus, et il fallut longtemps pour remettre toutes choses en état. Les chanoines, troublés jusque dans l'exercice de leurs droits de justice seigneuriale sur Crégy, par les empiètements des magistrats meldois, durent s'adresser au parlement qui se prononça en leur faveur les 22-31 août 1487.

Quand survinrent les discordes religieuses, Crégy compta nombre de partisans des doctrines nouvelles ; il eut à souffrir de ces dissensions, et, sous la ligue, le séjour des troupes pesa sur les habitants qui virent encore une fois leurs maisons envahies et leurs champs ravagés. Les 26 et 27 mai 1589, l'armée royale, commandée par Longueville, de Pivry et La Noue prit position à Crégy et à Villenoy, se préparant à attaquer le Faubourg Saint-Rémy de Meaux qui, en effet, fut forcé.

L'année suivante, à la fin de mars, les même troupes logeaient encore à Rutel, Crégy, Neufmontiers, Chambry, Varreddes et Étrépilly.

" Ceux qui avaient pris le poste de Crégy, dit Toussaint Duplessis, firent mine de vouloir construire des ponts sur le Brasset pour s'emparer des faubourgs de St-Faron et de Chaâge. Le Gouverneur y envoya quelques arquebusiers pour les reconnaître. Ceux-ci furent salués de plusieurs coups de fusil par dessus le Brasset, et le Capitaine de ceux qui avaient tiré se présenta aussitôt suivi d'une autre partie de ses gens pour les soutenir. La nuit du 29 au 30, ce même détachement qui était logé à Crégy se présenta devant le faubourg St-Nicolas; mais on le reçut à coups d'arquebuse, et il fallut se retirer. Ils revinrent sur les trois heures du matin, croyant trouver des gens endormis. Ils furent trompés dans leur attente : on les chargea encore plus vivement que la première fois ; et ils abandonnèrent.

Pendant la journée, le Gouverneur qui, de peur de surprise avait fait mettre la veille le feu à plusieurs maisons du faubourg St-Rémy, envoya quelques cavaliers pour reconnaître si les troupes du roi étaient délogées de Crégy et des villages voisins. Ils rencontrèrent quelques reîtres qui les poursuivirent jusque dans la Varenne du faubourg St-Nicolas. C'est là que le gouverneur les attendait... Il avait posté une embuscade dans la Maladrerie, et il voulait les attirer de ce côté-là ; mais les royalistes s'en méfièrent. Il n'y eut de tué dans cette escarmouche qu'un seul reître qui fut enterré entre la Maladrerie et le faubourg St-Nicolas.

Le 12 avril suivant, sur la nouvelle que Melun s'était rendu au roi et que tout se disposait pour le siège de Meaux, les habitants de cette ville firent leurs préparatifs de défense. Le 6 mai, en effet, les troupes du roi, commandées par les Sieurs de Longeville et La Noue, parurent devant la ville et se logèrent à Varreddes, Chambry, Crégy et autres villages voisins. Ils s'efforcèrent d'abord de se rendre maître du Faubourg St-Rémy, mais il furent repoussés. Comme ceux qui logeaient à Crégy menaient boire leurs chevaux à la fontaine qui coule au pied de la montagne, le gouverneur fit mener pendant la nuit même en cet endroit quelques charrette chargées de fumier, dont ceux qui abreuvaient leurs chevaux ne se méfièrent pas. Mais il y avait des gens postés derrière ces charrettes, qui tirèrent sur eux et en tuèrent quelques-uns. Le 7, les royalistes logés à Crégy délogèrent pour escorter un convoi de poudre et de boulets qui passait par Lizy..."

Le 5 mai, un arrêt du Conseil du roi intervint pour accorder aux fermiers des impôts dits 8è et 20è du vin, dans les villages de Varredes, Chambry, Crégy et Chaillouet, remise d'une partie de leur ferme "à cause des maux de la ligue".

Pendant les règnes de Henri IV et Louis XIII, les protestants, qui formaient environ le tiers de la population de Crégy, purent se réunir sans être inquiétés grâce à l'Édit de Nantes. En 1617, ils demandent à établir un cimetière particulier dans la cour du logis de Charles Villers, acquise à cet effet le long de la grande rue du village ; ce sont les familles Osy, Lacandre, Liévin, Demont, Dun, Trélon, Milhemme, Vilers, Deconlongue, Leconte, Ouvert etc. qui poursuivent ce projet, et elles établissent en effet leur cimetière ; mais nous voyons trente ans après le procureur fiscal de la juridiction temporelle du chapitre de Meaux se plaindre amèrement des protestants qui, malgré les défenses expresses, s'assemblent sur la place publique et affectent d'y jouer bruyamment pendant les offices des catholiques.

La révocation de l'édit de Nantes devait, plus tard, frapper les familles huguenotes, d'autant plus étroitement pressées d'abjurer ou de se retirer à l'étranger que la seigneurie était aux mains du pouvoir séculier et qu'au milieu de cette population, on avait fondé un couvent de Carmes, dont nous parlerons un peu plus loin. Au XVIIIè siècle, la population de Crégy était tombée de 85 feux à 60 ; tous les protestants cependant n'ont pas disparu de ce village, où il en existe encore de nos jours

Les chanoines avaient obtenu une compensation à la dépopulation de leur seigneurie ; une foire établie au XVIIè siècle, s'y tenait le jour de St-Laurent et attirait des marchands de Paris et de la province.

Outre la ferme du chapitre, il s'en trouvait une seconde dans le pays (à Chaillouet) ; celle-ci appartenait à l'abbaye de Chaâge ; l'une et l'autre ont été vendues nationalement à la Révolution.

Actuellement, la première de ces fermes appartient à Mr Chauchard qui habite à Paris, et la seconde à Mr Petit de Meaux.

Le couvent des carmes déchaussés.

Le 9 août 1622, Claude Débonnaire, jeune titulaire de la chambre du roi, qui s'était fait novice chez les carmes déchaussés de Paris, obtint de sa famille la fondation d'un couvent de cet ordre à Crégy où elle possédait une petite ferme de 42 arpents.

M.M. Débonnaire, père et fils, délaissèrent leur ferme dans ce but, plus 25 arpents de terres située à Acy en Multien ; on transigea sur certains droits avec le chapitre de Meaux et la fondation fut approuvée par l'évêque le 18 août 1622 et le 1er septembre suivant.

Les logis nécessaires furent construits avec une église particulière. Le nouveau couvent occupa une situation des plus agréables, d'où la perspective s'étendait à plusieurs lieues au-delà de Meaux.

Mme de Ricouard, née Elisabeth Le Pautre, dame de Chauconin, voulut concourir avec la famille Débonnaire à l'installation des Carmes qui arrivèrent là aussitôt et obtinrent du roi l'amortissement de leurs possessions, au mois d'octobre 1633, sous la condition qu'ils ne recevraient que des religieux français dans la communauté. On se tenait en garde, paraît-il, contre l'influence des moines italiens ou espagnols.

Les fondateurs espéraient, par le bon exemple des carmes déchaussés, amener les protestants du village à revenir au catholicisme ; les prédicateurs agirent en conséquence, mais la révocation de l'édit de Nantes leur vint surtout en aide et excita même certains excès de zèle, si l'on en juge par la dépêche que le marquis de Seignelay adressait le 13 mai 1688 au père provincial des Carmes :

Il y a, dit-il, un Carme du couvent de Crégy, au diocèse de Meaux qui a eu l'indiscrétion de dire à plusieurs nouveaux catholiques de ce diocèse qu'il avait expédié une déclaration pour les obliger à faire leurs Pâques ou à sortir du royaume, ce qui a causé un grand mouvement parmi eux. Le Roy veut que vous lui fassiez une sévère réprimande et m'ordonne d'escrire à Mr l'évesque de Meaux de lui interdire la prédication. Je ne puis vous dire son nom, mais il est du couvent de Crégy et y a prescha le dimanche 11è d'avril dernier, où il débita cette bonne nouvelle aux habitants du lieu."

A cette époque, la communauté se composait alors de 8 religieux et d'un prieur ; à la Révolution, il y avait 15 religieux et 19 étudiants. Supprimé comme tous les monastères, ses bâtiments et son église dédiée à la Vierge (Assomption) ont été démolis vers 1800 ; l'emplacement avait d'ailleurs été divisé et vendu ; deux tourelles aux angles de l'enclos, qui étaient restées debout, abritaient des escaliers de pierre pour descendre dans la vallée. Ces deux tourelles subsistent encore.

Les Carmes, remplaçant les curés de la paroisse à certaines époques de l'année, nous avons établi à l'aide des signatures apposées sur les registres paroissiaux, une liste de quelques religieux ayant séjourné au couvent de Crégy.

Histoire après 1789

Les villages, sous l'ancien régime, avaient une sorte d'organisation communale. Les dimanches, à la sortie de la messe, tous les chefs de famille se réunissaient pour délibérer sur les affaires du lieu. Il n'y avait pas de conseil municipal comme aujourd'hui, mais une assemblée générale. Cette assemblée élisait un collecteur pour lever la taille, un syndic pour l'administration, et contrôlait leur gestion.

Ce régime des délibérations directes et générales fut aboli en 1787 ; Louis XVI établit dans toutes les communautés où il n'existait de municipalité une assemblée composée, avec le seigneur et le curé, membres de droit, de 3, 6, ou 9 membres suivant le nombre de feux, élus par la communauté elle-même. Crégy n'ayant plus, à cette époque, que 60 feux, n'avait droit qu'à 3 membres.

La loi du 14 décembre 1789 modifia l'organisation municipale, instituant dans chaque paroisse, appelée désormais commune, un maire, plusieurs officiers municipaux, et un nombre double de notables, composant le conseil général de la commune et élus, non par l'ensemble des habitants, mais par les citoyens actifs, c'est-à-dire français, agés de 25 ans, domiciliés depuis un an dans la commune, payant une contribution directe égale à la valeur de 3 journées de travail et n'étant pas serviteurs à gages. Les éligibles devaient être citoyens actifs et payer une contribution directe de la valeur locale de 10 jours de travail.

Un procureur de la commune et de la défense, également élu, était chargé de la surveillance des intérêts communaux. On reconnaît les éléments de notre système municipal actuel.

L'élection de la première municipalité de Crégy, annoncée au prône 2 dimanches consécutifs, eut lieu à la porte de l'église le 7 février 1790. Furent élus, maire : Jean Nicolas Villerez ; officiers municipaux : J. Lécallier, Duflocq ; notables : Nicolas Cléret, Jacques Beson, Pierre Lhoste, Jacques Potelet le chantre, Jacques Potelet dit Cadet, Jean-Jacques Villerez ; procureur de la commune : Joseph Carret, curé.

C'est cette municipalité qui présida le 14 juillet 1790 à la fête de la Fédération. Annoncée à 3 reprises par les 3 cloches de l'église, cette fête commença par une messe chantée à laquelle assista la plus grande partie des habitants. Puis le maire, s'étant placé devant l'autel, après avoir harangué ses concitoyens, prêta et reçut d'eux le serment d'être fidèle à la nation, à la loi et au roi. Le serment fut salué par des décharges d'armes à feu et des airs de musique. Un Té Deum couronna la cérémonie, et il fut fait par la municipalité des distributions de pain et de vin auxquelles de généreux habitants ajoutèrent d'autres dons en nature et en argent. Le reste de la journée fut consacré à des divertissements.

Le 9 décembre 1792, Jean Nicolas Macquigny remplaça comme maire Jean Nicolas Villerez.

A cette époque, la France était alors en danger. Des registres étaient ouverts dans chaque mairie pour y inscrire les volontaires qui voulaient se consacrer à la défense de la patrie. Un grand nombre répondirent à cet appel. Toutefois, il n'en fut pas ainsi à Crégy, comme le montre l'extrait suivant :

"Nous, maire, officiers municipaux de la paroisse de Crégy, après avoir reçu l'état des hommes que notre commune devoit fournir, en avons aussitôt donné connoissance aux citoyens de ladite commune ; le registre ayant été ouvert pendant 3 jours. L'inscription volontaire n'ayant pas été remplie, à la pluralité des voix, il a été adopté de tirer au sort.

1° Pierre Louis Tetard est tombé le premier au sort, âgé de 22 ans, fils de Louis Tetard, vigneron et de Marie Saunierre demeurant à Crégy.

2° Jean Baptiste Denis Lécallier est tombé le second, âgé de 18 ans, fils de Denis Lecallier, maître d'écolle de Crégy et de Marie Magdelaine Masqurau.

Suivent les noms de 3 autres "volontaires" tirés au sort.

Fait en la maison commune de Crégy l'an second de la république françoise, le dix-huit may mil sept cent quatre-vingt treize."

Ce tirage a été blâmé par le district de Meaux et le Sieur Breton, officier municipal et curé dut "se transporter au département afin de faire valoir le dit tirage."

Le 9 décembre 1792, le curé Claude François Breton, dont nous venons de parler, avait remis à la municipalité les registres de paroisse remplacé désormais par ceux de l'état-civil confiés à l'autorité laïque. Par respect pour un usage immémorial, ce fut le dit curé lui-même qui fut nommé officier de l'état-civil et chargé de tenir les nouveaux registres. Il accepta cette mission et se soumit à une réforme reconnue nécessaire.

C'est ce prêtre qui présida au premier mariage civil célébré à Crégy (9 janvier 1793 : Mariage Clairet Jean Jacques et Bocquillon Marie Jeanne Véronique). Il ne put longtemps conserver cette fonction et la résigna vers le commencement de novembre 1793, comme en atteste la mention suivante trouvée dans le premier registre des délibérations :

" D'après la lettre circulaire du citoyen Dubouchet représentant du peuple qui dit que tout curé ne peut être curé et officier municipal en même temps, je donne à l'instant ma démission de ma fonction d'officier municipal pour montrer ma soumission la plus grande aux arrêtés du représentant. Fait à Crégy le 9 novembre 1793, l'an 2. Signé : Breton, curé."<

A l'occasion de la reprise de Toulon, un Te Deum fut chanté dans l'église de Crégy par le "Citoyen Masson, desservant, après avoir obtenu le consentement des habitants". On planta ensuite un arbre de la liberté. Un banquet fut organisé et le soir, on dansa sur la place publique. Cette joie devait être mêlée de soucis et d'inquiétudes.

La disette était à son comble dans le département de Seine et Marne. La dernière récolte avait été médiocre, les greniers étaient presque vides et le blé était hors de prix. Nul ne pouvait s'approvisionner sur les marchés sans un billet signé de la municipalité. L'administration fixa un prix maximum à toutes les denrées et les grains, on le conçoit , appelèrent surtout la sollicitude du pouvoir. Malheur à celui qui l'aurait enfreint, car la pénalité était sévère et le peuple aurait fait une prompte et terrible justice à l'imprudent marchand qui aurait méconnu le tarif légal. La plus grande difficulté était d'assurer le transport des denrées dans les villes. Il arrivait que les voitures de blé étaient arrêtée et pillées dans les localités qu'elles traversaient ; les marchés demeuraient entièrement vides. Des troupes furent envoyer dans les fermes avec réquisitions aux cultivateurs et les convois étaient escortés militairement.

Nul ne pouvait ensemencer ses terres sans l'autorisation de la municipalité comme l'attestent ces deux passages extraits du registre des délibérations :

"Nous, Maire et officiers municipaux de la commune de Crégy, le 6 octobre 1793, l'an IIè de la république française une et indivisible, d'après la déclaration qui nous a été faite par le citoyen Duflocq que, manquant de pâture au Flambant et que désirant semer dans une pièce de terre pour faire jacher située à la Marlière de Crégy, du mauvais seigle mêlé de dragé champagne, telle que nous pouvons attester d'après qui nous a été montré, l'avons autorisé avec d'autant plus de raison que tout le temps agissait ainsi et que cela ne préjudiciait en rien à l'intérêt général."

Plus loin, nous lisons : " Ce jourd'hui, premier floréal, le citoyen Duflocq cultivateur dans notre commune, nous ayant prié d'aller faire la visite de la pièce ensemencée et désignée au procès-verbal du six octobre (vieux cal) comme ayant semé des criblures de seigle mêlé de dragé champagne pour faire manger en vert par son troupeau, nous étant transporté dans ladite pièce, visite faite et bien examinée par les maire, officiers municipaux et agent national, nous estimons qu'en notre âme et conscience, le citoyen Duflocq peut faire manger cette pâture, attendu qu'en récoltant cette denrée qui est de sa nature fort mauvaise et mal venante, la république perdroit sur la dite pièce au moins de huit à dix septiers de bled pour la récolte ensuite..."

Ces deux extraits prouvent que les lois étaient très sévères et qu'aucun cultivateur ne pouvait disposer de ses champs comme il l'entendait. La plus grande partie des terrains devait être ensemencés en blé. Malheur à celui qui osait se soustraire à cette règle.

Des commissaires spéciaux étaient envoyés dans chaque commune pour faire le recensement des grains de toute nature. Les cultivateurs devaient déclarer exactement ce qu'ils possédaient. Il n'était pas prudent de vouloir user de dissimulation : les habitants s'exposaient à être sévèrement punis et la quantité de grain non déclarée était confisquée.

C'est ainsi que le Sieur Nicolas Baccuet déclara n'avoir "que trois cent gerbes de blé à battre, un septier de battu et deux cents gerbes d'avoine à battre. Le fils de Jean Macquigny, âgé de 12 ans et demi vit le citoyen Baccuet et son fils décharger deux sacs de grain dans une cuve... D'après le rapport dudit enfant, les maire et officiers municipaux ont fait une seconde visite dans la grange et ont découvert que le sieur Baccuet était en fraude de cent gerbes de blé et de 32 minots d'avoine. Le Conseil, d'après le vu des pièces et le jugement prononcé par le juge de Paix, arrête que les produits non déclarés seront confisqués et vendus en détail au maximum ; pour le produit, il sera retiré moitié pour la commune et l'autre moitié au profit du dénonciateur."

Par une décision du Conseil général du District de Meaux en date du 9 Vendémiaire an III, la commune de Crégy est taxée de fournir par décade, 36 quintaux de blé pour la commune de Meaux et 4 quintaux pour l'approvisionnement de Paris. Or, la récolte ayant été très mauvaise, la municipalité adresse une plainte au Conseil général du district dans laquelle elle expose que "les cultivateurs ont besoin de leur bled pour ensemencer leurs terres et qu'en les faisant quitter pour mener ledit bled, cela leur causerait un grand retard à la semaille..."

Le 7 germinal de la même année, les citoyens Aubé et Lefranc, commissaires du district viennent à Crégy faire le recensement des grains et donnent les chiffres suivants:

 

Farine

 

47 quintaux 10 livres

 

Blé battu

 

106 quintaux 88 livres

 

Blé à battre

 

100 quintaux

 

Seigle et méteil

 

2 quintaux 92 livres

 

Orge

 

2 quintaux 82 livres

 

Avoine

 

194 quintaux 82 livres

 

Légumes

 

4 quintaux 25 livres

 

Comme on le voit les provisions n'étaient pas abondantes, car la moisson était encore éloignée. Malgré cette pénurie, la commune devait fournir le cinquième de ce qu'elle possédait pour l'approvisionnement de l'armée et de la ville de Paris. Aussi la municipalité protesta contre cette décision. Tous les habitants furent convoqués à la mairie le 17 germinal an III et une délibération fut rédigée en ces termes :

" La commune de Crégy vous représente qu'elle est composée de deux cent quarante sept individus et le sept du mois, selon le recensement des citoyens Aubé et Lefrancq, les réserves se montent à 253 quintaux, tant farine que blé battu ou à battre. Citoyens, la commune vous représente que nous sommes réduits à une livre et demy de pain pour atteindre la moisson. Il n'est pas possible qu'un homme qui travaille à la terre depuis 4 heures du matin jusqu'à neuf heures du soir puisse se contenter de une livre de pain par jour. Non, citoyens, cela ne se peut , il faut au moins trois livres par jour à ces journaliers pour vivre. Comment voulez-vous que nous donnions le cinquième de ce que nous avons dans la commune, puisque nous n'en avons pas suffisamment pour nous..."

l'an VIII, Nicolas Duflocq fut élu maire et Laurent Thallot adjoint. Tous deux furent installés le 10 prairial. " En vertu d'une lettre de nous, Préfet qui ordonne de procéder à la plus grande solennité à l'installation et à la réception du serment des nouveaux maire et adjoint ", tous les habitants furent convoqués et, de plus, un détachement de la garde nationale en grande tenue assista à l'installation.

Nous terminerons ce chapitre par la liste des maires et adjoints de la commune de Crégy.

DATES

MAIRES

ADJOINTS

Février 1790

VILLEREZ Jean Nicolas

 

An Ier (Nov. 1792)

MACQUIGNY Jean Nicolas

 

An VIII (Juin 1800)

DUFLOCQ Nicolas

THALLOT Laurent Pascal

1816

DUFLOCQ Étienne Nicolas

DELAPLACE Simon

( ?) 1820

DUFLOCQ Étienne Nicolas

MACQUIGNY Jean Nicolas

Décembre 1834

DUFLOCQ Étienne Nicolas

CHAUFOURIER Laurent Isidore

Novembre 1837

DUFLOCQ Étienne Nicolas

LAURENT Jacques François

Octobre 1846

DUFLOCQ Étienne Nicolas

BUISSON Jean Louis

Octobre 1848

DUFLOCQ Étienne Alphonse

BUISSON Jean Louis

Août 1865

DUFLOCQ Étienne Alphonse

DEFLERS Pierre Jean

Octobre 1876

JOUARD Jules Toussaint

LHOSTE Ernest Ambroise

Mai 1888

DUFLOCQ Alphonse Nicolas

LHOSTE Olivier

 

En 1814, Napoléon n'ayant pas voulu accepter les conditions qui lui furent imposées, l'ennemi franchit le Rhin et foula le sol sacré de la patrie. Cette invasion coûta cher à la France. Dans le département de Seine et Marne, les arrondissements de Provins et de Meaux eurent fort à souffrir. Les villes et les villages furent saccagés, les récoltes furent enlevées ou perdues.

Parmi le communes éprouvées, figure Crégy. Cette localité eut à essuyer des pertes considérables. Les troupes ennemies se livrèrent au pillage, enlevèrent des denrées, des instruments aratoires, des bestiaux de toutes espèces et des effets mobiliers. Les pertes s'élevèrent à 54 700F.

Cinquante-six ans plus tard, l'ennemi foulait à nouveau le sol de Crégy. La France était alors en guerre contre la Prusse, guerre terrible qui devait se terminer par le démembrement de la patrie. Cette seconde invasion fut encore plus coûteuse que la première.

L'ennemi apparut à Crégy, pour la première fois, le 14 septembre . Il fallut, bon gré mal gré, loger, en deux fois différentes, deux corps de Saxons composés chacun de 230 hommes. C'est alors que commencèrent les vexations de toutes sortes ; des réquisitions de toutes natures furent faites. Le 1er novembre, Crégy fut taxé de verser un impôt de 22 000F. Sur cette somme, 225F furent versés le 8 du même mois.

Pendant 2 mois entiers, l'ennemi séjourna dans la localité. Des dégâts importants furent commis tels que linge volé, meubles brisés ou brûlés, maisons détériorées. De plus, un grand nombre de glaces et de pendules furent enlevées. C'est cette chasse aux bibelots de prix et aux pièces d'horlogerie - chasse qui eut lieu dans tous les environs de Paris - qui a fait donner à l'invasion prussienne le nom caractéristique de "guerre des pendules". Le montant des dégâts atteignit la somme de 24 222F. En outre, la commune fut imposée extraordinairement de 600 000F. Le total des versements effectués s'éleva à la somme de 1460 francs et 80 centimes.

Nous donnons ci-après un tableau indiquant les réquisition en nature faites par l'ennemi. Si maintenant nous faisons le récapitulatif des dépenses effectuées, nous obtenons le chiffres suivants :

- Montant des contribution et amendes : 1 685, 80 F

- Montant des réquisitions en nature : 68 040 F

- Montant des dommages spéciaux : 24 222 F

- Réquisitions pour le logement et le transport : 6 208 F

Total général des dépenses : 100 155, 80 F

D'après ces chiffres, il est facile de voir que la commune de Crégy supporta sa part des frais de toutes sortes occasionnées par la guerre de 1870-1871. Cependant, il faut reconnaître que certaines localités furent encore plus cruellement éprouvées. Souvent, après avoir pillé et volé, l'ennemi incendiait.

Malgré les vexations de toutes sortes que nous firent endurer les Allemands, la guerre de 1870 n'a pas tué la France. Elle l'a laissée, il est vrai, sanglante et mutilée, mais en même temps, instruite et retrempée par cette terrible épreuve.

La France veut la paix, mais si, cependant, son honneur était attaqué, si son territoire était menacé, tous ses enfants se lèveraient en masse, n'ayant qu'un seul but : Défendre la Patrie

Réquisitions en nature : Guerre de 1870 - 1871 Désignation des fournitures

Date des

réquisitions

Date des

fournitures

Viandes

vaches

veaux

Moutons

Volailles

du 14 sep

au 20 jan

sep

15

4

200

450

oct

8

     

nov

15

   

38

déc

       

jan

       

Totaux

 

38

4

200

831

 

Date des

réquisitions

Date des

fournitures

vin

farines

blé

orge

avoine

hl

quintaux

quintaux

quintaux

quintaux

du 14 sep

au 20 jan

sep

20

1

100

1

100

oct

15

 

50

   

nov

21

 

80

 

57

déc

   

194

   

jan

       

100

Totaux

 

56

1

424

1

257

 

Date des

réquisitions

  Date des

fournitures

foin

luzerne

paille

bois

pommes de terre

quintaux

stères

quintaux

quintaux

quintaux

du14 sep

au 20 jan

sep

250

150

120

100

 

oct

 

200

     

nov

50

 

30

51

800

déc

170

20

jan

250

480

30

Totaux

550

1000

200

151

800

Evaluation du prix des Fournitures : 68 040 F


l'enseignement

Il est difficile de préciser la date du premier établissement d'une école à Crégy ; les écoles se multiplièrent au Moyen Âge et, à partir de la Renaissance, peu de paroisses restaient sans établissement scolaire. Au XVIIé siècle, Crégy possédait une école car nous voyons un certain Antoine de Brie , ci-devant maître d'école qui, en 1662, poursuit les habitants de Crégy devant l'official de Meaux pour obtenir le paiement de 15 livres représentant trois quartiers de ses gages. Evidemment, il existait une école à Crégy à une date antérieure, c'est seulement la première trace rencontrée dans les documents écrits.

Le maître d'école de Crégy était nommé par le premier chantre de la cathédrale de Meaux qui percevait, malgré les règlements, une redevance sur les maîtres auxquels il accordait la licence d'enseigner. Tout aspirant était examiné par les grands vicaires sur leur foi, leurs bonnes moeurs, science et connaissance en la doctrine chrétienne. Une fois installé, le maître était constamment surveillé par le curé qui interrogeait les enfants et "les animait à bien apprendre, par de petits présents d'images et d'agnus.." Lors de son passage dans la commune, l'évêque ne manquait pas de visiter l'école pour s'enquérir des moeurs et de la religion du maître. Il lui recommandait de porter un habit décent et les cheveux courts, lui défendait de fréquenter les cabarets, de jouer du violon dans les assemblées et de tenir des jeux.

Le maître devait se contenter d'enseigner à ses élèves la lecture, l'écriture et le catéchisme. Il montrait à lire dans les parchemins d'abord, ensuite dans les papiers où l'écriture était moins soignée et plus difficile à déchiffrer. Le peu de livres admis dans la classe devaient être visés par l'évêque ou, tout au moins par le curé de la paroisse.

La classe de Crégy était mixte. Mais, dans le même local, les garçons apprenaient à écrire, mais non les filles. Pendant longtemps, il n'y eut pas, pour ainsi dire, d'instruction scolaire pour celles-ci, l'éducation morale et religieuse devait suffire !

A un certain moment cependant, la royauté se préoccupa de l'éducation populaire et décréta ce que nous appelons l'instruction obligatoire. Plusieurs ordonnances parurent et s'appliquèrent surtout aux localités renfermant des protestants (Crégy en faisait partie). Ainsi, nous voyons Louis XIV qui, dans ses déclarations du 15 avril 1694 et 13 septembre 1698, prescrit

"que l'on établisse autant qu'il sera possible des maîtres et des maîtresses dans toutes les paroisses où il n'y en a point, pour instruire les enfants des deux sexes, et nommément ceux de la religion prétendue réformée, des principaux mystères de la religion catholique, apostolique et romaine, du catéchisme et des prières qui sont nécessaires pour les conduire à la messe tous les jours ouvriers et qu'ils assistent au service divin les dimanches et fêtes; comme aussi pour apprendre à lire et même à écrire à ceux qui pourraient en avoir besoin... Enjoignons de les envoyer aux dites écoles et au catéchisme jusqu'à l'âge de quatorze ans."

Berthelet, procureur fiscal du chapitre cathédrale de Meaux fait publier dans la paroisse de Crégy cette déclaration de 1715 pour enjoindre " à tous ceux qui font profession de la religion réformée d'envoyer leurs enfants aux écoles et catéchisme sous les peines portées ès déclaration; et en ce qui concerne ceux qui font refus de satisfaire aux devoirs de la religion catholique : à l'égard des hommes, les galères perpétuelles et confiscation de leurs biens, quant aux femmes, être enfermées le reste de leurs jours avec confiscation de leurs biens".

Sous Louis XV, l'oeuvre de soumission religieuse continua, et on commença à exiger davantage des maîtres, outre l'aptitude suffisante pour la lecture, l'écriture le catéchisme et le plain chant, il fut question des éléments de grammaire et de calcul.

L'année scolaire ne durait que sept mois environ, d'octobre à mai, et les enfants, quoique bien jeunes, aidaient leurs parents pendant les 5 mois d'été. Que faisait le maître pendant ce temps ? Il était obligé, pour subvenir aux besoins de sa famille, de prendre part aux rudes travaux des champs en se faisant moissonneur ou vigneron.

Le pauvre maître exploitait à son profit tout ce qui était susceptible de l'être : il sonnait la cloche, dirigeait l'horloge communale, était clerc paroissial. De tous ces emplois, celui qui rapportait le plus était assurément celui de "porteur d'eau bénite". Chaque dimanche, avant la messe, muni d'une burette en étain remplie d'eau bénite et d'un rameau de buis sec, il se rendait de bonne heure dans toutes les maisons de la paroisse. En entrant, il offrait aux personnes le rameau de buis. Chacun s'empressait d'y porter les doigts et de faire dévotement le signe de la croix. Cette formalité remplie, il aspergeait la demeure entière en récitant "Asperges me Domine...". En retour de cet acte, on lui offrait soit un morceau de pain (quelquefois une miche qu'il s'empressait de faire disparaître dans un énorme panier qu'il avait au bras), soit du fromage, le plus ordinairement un sou. Il ne devait pas oublier de rentrer pour la messe de 10 heures où l'appelaient ses importantes fonctions de chantre... Heureusement, les habitants, comprenant que son traitement était bien insuffisant, avait pitié de l'instituteur qui n'avait pas à acheter son vin : à l'époque des vendanges, il avait le privilège d'assister au tirage des vins et recevait alors un seau de vin par maison.

Les intendants de la généralité se réservaient le droit de retirer la licence d'exercer leur profession aux maîtres; peu favorables à l'instruction des villageois, les intendants, chargés de contrôler les dépenses des communautés d'habitants, admettaient difficilement les sacrifices financiers relatifs aux écoles et si les écoles se sont multipliées au XVIIIé siècle, ce n'est pas à ces fonctionnaires qu'on le doit.

Peu à peu la coutume de faire nommer le maître d'école par le premier chantre de la cathédrale de Meaux disparut et les habitants purent choisir parmi les candidats munis de leur licence ecclésiastique.

L'instituteur était nommé en assemblée de paroisse, après examen et concours, à l'issue de la messe. Le futur maître d'école qui avait charge de chanter au lutrin, avait alors pu se faire entendre et se faire juger sur ce point important durant la célébration de l'office. Il ne lui restait plus qu'à montrer son écriture et tous ses autres talents et à exhiber ses recommandations. S'il était agréé, il signait alors le traité qui déterminait ses engagements et sa rétribution. Les traités étaient passés comme des baux pour 3, 6 ou 9 ans; on imposait au titulaire l'obligation de sonner l'angélus, d'apprendre aux enfants à servir la messe. Il était tenu de balayer l'église et la sacristie tous les samedis. Il devait être présent à tous les baptêmes où il avait l'honneur d'apposer sa signature sur les registres de la paroisse.

Ce mode d'élection varia suivant les époques. Elles furent très souvent source de conflit entre le "Prestre Curé" et l'assemblée des habitants de la paroisse. C'est ainsi que "le dimanche vingt neuvième de l'année 1702, après l'annonce faite au prône et la cloche tintée de la manière accoutumée, le curé présenta à l'assemblée le nommé François Braconnier, la priant de l'arrester pour clerc paroissial et Maîstre des Ecoles... Tous lesquels habitants ont répondu comme dit cy après, scavoir J Bouticard de la religion, P.R. vigneron et syndic, qu'ils ne vouloient point signer ; Isaïe Villeré, de la même religion et P.R. receveur des dits usages qui ont dit ne vouloir point venir à l'assemblée ; Robert Duflocq, laboureur, pareillement ; Louis Champenois, buraliste, Jean Villeré, vigneron ainsi que F. Macquigny, J. Potelet et autres qui ont dit ne vouloir signer, à la réserve néanmoins de Jean Lallemant, garde des chasses en la Capitainerie Royalle de Monceaux demeurant audit Crégy." Comme on le voit, les habitants ne voulaient pas reconnaître pour maître d'école François Braconnier proposé par l'abbé Delafosse ; Le sieur Braconnier n'en enseigna pas moins à Crégy pendant trois ans de 1702 à 1705.

A partir de la révolution, le maître fut réellement choisi par les habitants comme on peut le voir dans l'élection suivante : "Ce jourd'hui, vingt floréal, l'an II de la République une et indivisible, Nous, Maire et officiers municipaux, Agent National et la commune assemblée pour recevoir un instituteur dont il c'est présenté à la loi, le citoyen Denis Lecallier et d'après avoir pris la consultation de toute la commune, il a été délibéré que ce seroit le dit Lecallier pour instituteur..."

Quelquefois, la place d'instituteur se donnait aussi au concours :

" Du premier mai 1836, en la saison ordinaire de mai, devant le Conseil municipal se sont présentés les sieurs :

1° Dhuitte, Instituteur à Compans, âgé de 38 ans ; 2° Félix Julien Pougeois, élève de l'Ecole Normale, âgé de 19 ans 1/2 ; 3° Jean Amédée Bocquillon âgé de 25 ans, demeurant à Crégy. Les deux premiers munis de certificats établissant leur moralité ont été admis seulement à concourir, le Sieur Bocquillon n'a pas encore de brevet de capacité.

Les Membres du Comité local, MM Batavoine, Curé, Duflocq & Laurent ont fait aux sieurs Dhuitte et Bourgeois diverses questions sur les principes de religion, Plain chant, d'écriture, grammaire française, arithmétique, histoire et géographie, auxquelles le Sieur Bourgeois a le mieux répondu et d'une manière satisfaisante. En conséquence, le Conseil a été d'avis, à l'unanimité, que le dit Sieur Bourgeois soit nommé instituteur."

En 1790, Denis Lecallier recevait un traitement de 252 livres qui comprenait son salaire et ses gages pour "l'entretien des Cordes et Maiers du puits communal." Une partie de ce traitement était demandée "aux dix plus forts contribuables de la contribution foncière...".

Le 19 fructidor de l'an X, le Préfet décida que le traitement de l'instituteur serait complété par un logement à fournir par la commune ou d'une indemnité en tenant lieu, et d'une rétribution fixée par chaque Conseil Municipal. Celui de Crégy la fixa à 50 ou 75 centimes par élève; elle fut régulièrement augmentée et passa, en 1881 à 1 F ou 1,50 F selon l'âge des élèves. Elle a été complètement supprimée à partir du 1er juillet 1881.

Au siècle dernier et jusqu'en 1842, la commune ne possédait pas de salle de classe. Le local affecté à ce service était pris à loyer. Très souvent, on louait une grange où on effectuait quelques réparations indispensables; le mobilier se composait d'une chaise pour le maître, des bancs et quelques tables en mauvais état. La plupart du temps, la salle était trop petite et servait de lieu de réunion pour les assemblées.

En 1834, la commune prenait à bail pour servir de classe et de logement pour l'instituteur l'ancien presbytère ; la nouvelle classe, formée d'une travée basse au midi de l'église, était insalubre et, de plus insuffisante comme superficie ; les élèves y étaient, pour ainsi dire, entassés. A l'expiration du bail, la commune loua un nouveau local qui ne comprenait qu'une petite pièce et servait de salle de classe et de mairie ; l'instituteur n'avait pas de logement et résidait chez son beau-père.

Le 30 mai 1841, la commune décida l'acquisition "d'une maison convenable, sise rue de l'église : elle était composée de deux pièces par bas, deux chambres au-dessus, bûcher ensuite, cellier à côté, grande pièce qui servait de grange (qui servirait pour faire l'école), greniers couverts de tuiles, petite cour particulière donnant sur la rue, avec deux cabinets d'aisances donnant sur la cour; derrière ladite maison, jardin potager et terre à chanvre contenant 11 ares 74 centiares." Un an après, la commune de Crégy entrait en possession de cette maison ; la grange fut transformée en salle de classe. Ce local servit de maison d'école jusqu'en 1789. La nouvelle habitation, notamment la salle de classe, se révéla excessivement humide et plusieurs maîtres tombèrent malades. Des travaux d'assainissement se révélèrent inutiles.

Le 19 janvier 1877, le Conseil municipal décida de faire construire une maison d'école. Après bien des démarches et ennuis, Crégy posséda enfin un local et la nouvelle classe fut ouverte le 1er octobre 1789. Le matériel d'enseignement (cartes géographiques, compendium métrique, tableau des poids et mesures, sphère), laisse peu à désirer. La maison d'école est dans une situation agréable; De la salle de classe qui est parfaitement éclairée, la vue est admirable, et la tâche du maître se trouve pour ainsi dire adoucie devant ce spectacle.